Santé et sécurité · Syndrome d'hyperémèse cannabinoïde
Combien de temps faut-il pour guérir du syndrome d'hyperémèse cannabinoïde ? Il y a deux réponses : une crise de vomissements cède en général en 48 heures environ [1], mais la guérison complète, c'est-à-dire plus aucune crise, ne vient qu'après l'arrêt du cannabis et peut prendre des semaines, voire des mois. Les gastro-entérologues jugent aujourd'hui la guérison sur au moins 6 mois sans cannabis, ou sur une durée égale à trois cycles de vomissements typiques de la personne [2]. Dans une revue systématique des cas publiés, les symptômes ont disparu après l'arrêt du cannabis dans 96,8 % des cas [3]. Toute personne qui vomit sans arrêt, ne garde aucun liquide ou montre des signes de déshydratation doit consulter le jour même.
Qu'est-ce que le syndrome d'hyperémèse cannabinoïde ?
Le syndrome d'hyperémèse cannabinoïde (SHC, en anglais CHS) se traduit par des crises répétées de vomissements intenses chez des personnes qui consomment du cannabis régulièrement depuis longtemps. Cela semble paradoxal, car le cannabis est connu pour calmer les nausées, mais un usage prolongé peut produire l'effet inverse [4]. Le syndrome a été décrit pour la première fois en 2004 chez une série de patients en Australie-Méridionale, dont la plupart allaient mieux après l'arrêt du cannabis [5].
Les critères internationaux de Rome IV classent le SHC parmi les troubles nauséeux et vomitifs du tube digestif supérieur [6]. Une mise au point clinique de l'American Gastroenterological Association parue en 2024 précise ce que recherchent les médecins [2] :
- des crises de vomissements qui vont et viennent, au moins 3 fois par an ;
- un usage de cannabis depuis plus de 1 an avant le début des symptômes, en moyenne plus de 4 fois par semaine ;
- une disparition des crises après un arrêt durable : au moins 6 mois, ou au moins la durée de trois cycles de vomissements typiques.
Beaucoup de personnes atteintes constatent que de longues douches ou des bains chauds apaisent la nausée pendant un moment. Dans la revue systématique, 92,3 % des cas le rapportaient [3]. C'est un indice, pas un test : environ la moitié des personnes atteintes du syndrome des vomissements cycliques qui ne consomment pas de cannabis se baignent de la même façon [7]. Seul un médecin peut écarter les autres causes de vomissements répétés ; le diagnostic se pose donc après examen et analyses, pas à partir d'une liste.
Les trois phases du syndrome
Les cliniciens décrivent la maladie en trois phases [1]. La durée de chacune est au cœur de la question de la guérison.
| Phase | Ce qui se passe | Durée habituelle |
|---|---|---|
| Prodromique | Nausées le matin, peur de vomir, gêne abdominale ; l'alimentation reste normale [1] | Des mois ou des années [1] |
| Hyperémétique | Vomissements intenses et répétés, parfois jusqu'à cinq fois par heure, avec douleurs abdominales et douches chaudes fréquentes [1] | Prend fin en général en 48 heures [1] |
| Récupération | Bien-être relatif, alimentation normale, reprise du poids, retour à des bains habituels [1] | Des jours, des semaines ou des mois [1] |
Le schéma se répète. Sans arrêt du cannabis, la phase de récupération n'est souvent qu'une pause avant la crise suivante. Selon une revue, environ 70 % des patients d'une série ont perdu au moins 5 kg pendant leur maladie, et dans une série, les patients s'étaient présentés en moyenne 7,1 fois aux urgences avant le diagnostic [1].
Combien de temps faut-il pour guérir du syndrome d'hyperémèse cannabinoïde ?
La guérison obéit à deux horloges, qui n'avancent pas du tout au même rythme.
La crise. La phase hyperémétique prend fin en général en 48 heures environ [1]. À l'hôpital, la prise en charge est symptomatique, par exemple une perfusion pour corriger la déshydratation [3]. Cela met fin à la crise, pas à la maladie.
La maladie. Les crises ne cessent durablement qu'à l'arrêt du cannabis. La revue systématique a qualifié l'arrêt du cannabis de meilleur traitement connu à ce jour [3]. Le délai varie d'une personne à l'autre, et les données sont plus minces que ne le laissent croire les chiffres assurés qui circulent en ligne :
- Dans la première série de cas, 7 des 9 patients décrits ont guéri après l'arrêt du cannabis. Trois ont repris après une pause et sont retombés malades [5].
- Dans une série de la Mayo Clinic portant sur 98 patients, seuls 10 ont pu être suivis. Sur les 7 qui ont arrêté le cannabis, 6 ont signalé la disparition complète de leurs symptômes [8].
- Une revue de 2019 suggère que la guérison peut prendre plus d'un mois. Les auteurs invoquent l'élimination lente du THC, stocké dans les graisses, et le temps dont les récepteurs cannabinoïdes pourraient avoir besoin pour se rétablir. Ils recommandent de suivre les personnes pendant au moins trois cycles typiques, ou 6 à 12 mois, avant de déclarer la maladie résolue [7].
C'est pourquoi la mise au point de l'AGA retient au moins 6 mois sans cannabis, ou trois cycles typiques, comme mesure de la guérison [2]. La vitesse d'amélioration varie d'une personne à l'autre, et quelques bonnes semaines ne prouvent pas encore la guérison ; seul le recul le montre.
Le syndrome peut-il revenir ?
Oui, si la consommation de cannabis reprend. Dans la série de 2004, trois personnes guéries ont repris le cannabis et les vomissements sont revenus. Deux ont arrêté de nouveau et sont restées en bonne santé ; la troisième n'a pas arrêté et est restée malade [5]. Dans les cas publiés, la maladie a suivi le cannabis et a pris fin quand le cannabis a pris fin [3].
Le syndrome d'hyperémèse cannabinoïde est-il fréquent ?
Personne ne le sait avec certitude, car les médecins ont utilisé des définitions différentes. Une enquête menée aux urgences du plus ancien hôpital public des États-Unis a interrogé 155 adultes qui fumaient du cannabis au moins 20 jours par mois : 32,9 % décrivaient un tableau compatible avec le syndrome [9]. Cette étude définissait le syndrome surtout par le soulagement des douches chaudes, et d'autres chercheurs jugent donc ce chiffre surestimé [7]. Une chose est claire : le syndrome ne touche pas qu'une poignée de consommateurs quotidiens, et il passe souvent inaperçu. Dans une série, le diagnostic a été retardé jusqu'à 9 ans [1].
Risques : déshydratation, atteinte rénale et rares décès
Les vomissements répétés privent le corps d'eau et de sels, et les longues douches chaudes aggravent la perte. Des observations cliniques décrivent une insuffisance rénale aiguë due à cette déshydratation ; un article de 2014 en a compté 6 cas parmi 55 cas publiés et la qualifiait de complication fréquente [10]. Un rapport médico-légal de 2019 a décrit trois décès de jeunes adultes ayant des antécédents du syndrome ; chez deux d'entre eux, la cause du décès a été attribuée au syndrome [11]. Les décès sont rares, mais ils montrent pourquoi une crise de vomissements incessants est un problème médical, pas une épreuve à attendre chez soi.
Quand consulter un médecin
Les conseils médicaux généraux sur les vomissements de l'adulte s'appliquent pleinement à ce syndrome [12]. Contactez un médecin ou un service de garde le jour même si la personne :
- vomit depuis plus de 24 heures, ou a vomi 3 fois ou plus en une journée ;
- ne garde aucun liquide depuis 12 heures ou plus ;
- n'a pas uriné depuis 8 heures ou plus ;
- a de fortes douleurs abdominales, ou un mal de tête avec une raideur de la nuque.
Appelez les services d'urgence ou rendez-vous aux urgences s'il y a du sang ou une matière sombre ressemblant à du marc de café dans les vomissements, ou si une intoxication peut en être la cause [12]. Les signes de déshydratation sont la bouche sèche, une soif intense, des urines jaune foncé ou plus rares et des yeux creusés [12]. Parlez franchement de la consommation de cannabis au médecin : c'est l'indice qui peut raccourcir la recherche de la cause.
Arrêter après des années d'usage quotidien peut être difficile en soi, et un médecin peut aider sur ce point autant que pour les vomissements. Pour l'effet du cannabis sur les nausées dans d'autres situations, voir cannabis, nausées et appétit ; pour ce qui se passe après une trop forte quantité prise d'un coup, un tout autre problème, voir peut-on faire une overdose de THC ?. Le guide la différence entre THC et CBD présente les deux principaux cannabinoïdes.
Questions fréquentes
Le syndrome d'hyperémèse cannabinoïde passe-t-il tout seul ?
Une crise cède en général en 48 heures environ [1], mais les crises reviennent tant que la consommation continue. Dans les cas publiés, les symptômes ont disparu après l'arrêt du cannabis dans 96,8 % des cas [3].
Combien de temps dure une crise de vomissements ?
La phase de vomissements intenses prend fin en général en 48 heures [1]. Si les vomissements durent plus de 24 heures ou si aucun liquide n'est gardé pendant 12 heures, l'avis médical est de consulter le jour même [12].
Combien de temps après l'arrêt du cannabis le syndrome disparaît-il ?
Il n'y a pas de date fixe. La guérison se juge sur au moins 6 mois sans cannabis, ou trois cycles de vomissements typiques [2]. Les chercheurs pensent que l'élimination lente du THC stocké dans les graisses explique ce délai [7].
Peut-on mourir du syndrome d'hyperémèse cannabinoïde ?
Rarement. La déshydratation peut entraîner une insuffisance rénale aiguë [10], et un rapport médico-légal a décrit des décès attribués au syndrome [11]. Des vomissements incessants relèvent d'une prise en charge médicale.
Le syndrome revient-il si l'on reprend le cannabis ?
Les données vont dans ce sens. Dans la première série de cas, les personnes qui ont repris le cannabis après leur guérison sont retombées malades, et celles qui ont arrêté pour de bon sont restées en bonne santé [5].
Sources
- Galli JA, Sawaya RA, Friedenberg FK. Cannabinoid hyperemesis syndrome. Current Drug Abuse Reviews. 2011;4(4):241-249. doi:10.2174/1874473711104040241
- Rubio-Tapia A, McCallum R, Camilleri M. AGA clinical practice update on diagnosis and management of cannabinoid hyperemesis syndrome: commentary. Gastroenterology. 2024;166(5):930-934.e1. doi:10.1053/j.gastro.2024.01.040
- Sorensen CJ, DeSanto K, Borgelt L, Phillips KT, Monte AA. Cannabinoid hyperemesis syndrome: diagnosis, pathophysiology, and treatment, a systematic review. Journal of Medical Toxicology. 2017;13(1):71-87. doi:10.1007/s13181-016-0595-z
- Lu ML, Agito MD. Cannabinoid hyperemesis syndrome: marijuana is both antiemetic and proemetic. Cleveland Clinic Journal of Medicine. 2015;82(7):429-434. doi:10.3949/ccjm.82a.14023
- Allen JH, de Moore GM, Heddle R, Twartz JC. Cannabinoid hyperemesis: cyclical hyperemesis in association with chronic cannabis abuse. Gut. 2004;53(11):1566-1570. doi:10.1136/gut.2003.036350
- Stanghellini V, Chan FK, Hasler WL, Malagelada JR, Suzuki H, Tack J, Talley NJ. Gastroduodenal disorders (Rome IV). Gastroenterology. 2016;150(6):1380-1392. doi:10.1053/j.gastro.2016.02.011
- Venkatesan T, Levinthal DJ, Li BUK, Tarbell SE, Adams KA, Issenman RM, Sarosiek I, Jaradeh SS, Sharaf RN, Sultan S, Stave CD, Monte AA, Hasler WL. Role of chronic cannabis use: cyclic vomiting syndrome vs cannabinoid hyperemesis syndrome. Neurogastroenterology and Motility. 2019;31(Suppl 2):e13606. doi:10.1111/nmo.13606
- Simonetto DA, Oxentenko AS, Herman ML, Szostek JH. Cannabinoid hyperemesis: a case series of 98 patients. Mayo Clinic Proceedings. 2012;87(2):114-119. doi:10.1016/j.mayocp.2011.10.005
- Habboushe J, Rubin A, Liu H, Hoffman RS. The prevalence of cannabinoid hyperemesis syndrome among regular marijuana smokers in an urban public hospital. Basic and Clinical Pharmacology and Toxicology. 2018;122(6):660-662. doi:10.1111/bcpt.12962
- Habboushe J, Sedor J. Cannabinoid hyperemesis acute renal failure: a common sequela of cannabinoid hyperemesis syndrome. American Journal of Emergency Medicine. 2014;32(6):690.e1-690.e2. doi:10.1016/j.ajem.2013.12.013
- Nourbakhsh M, Miller A, Gofton J, Jones G, Adeagbo B. Cannabinoid hyperemesis syndrome: reports of fatal cases. Journal of Forensic Sciences. 2019;64(1):270-274. doi:10.1111/1556-4029.13819
- MedlinePlus Medical Encyclopedia. Nausea and vomiting, adults. US National Library of Medicine; reviewed 22 July 2025. medlineplus.gov
À lire aussi : peut-on faire une overdose de THC ?, cannabis, nausées et appétit et la différence entre THC et CBD.
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